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Caporale Don répression Février 44

DON

Gaston Borcard, 33 ans, est arrêté, il est transféré avec toutes les autres victimes de la région à Montluc, puis Compiègne, qu’ils quittent le 22/03/1944 à destination de Mauthausen, par le convoi 1.191. Ils arrivent le 25/03/1944. Son matricule est 59612, il meurt à Mauthausen le 22 août 1944.

Paul Débat est arrété à Vieu, il est le seul de la région a être transféré directement à Compiègne, puis déporté dans le convoi 1.206, le 27/04/44 à Auschwitz, puis Flossenburg et enfin à FLôhal, où il meurt le 5 avril 1945, sous le matricule 135387.

Témoignage de Jean Triomphe, membre du S.A.P.
“Dans la nuit du 4 au 5 février 1944, je suis allé diriger une opération au dessus d’Artemare, sur le plateau, dans la neige jusqu’à mi-cuisses, à attendre 3 avions pour un parachutage. (au Thuriau, ou Terreau, voir Opération Korporal.)
Avec l’aide de notre appareil de radio-guidage les avions sont venus tourner au-dessus de nous. Mais il y avait une tempête de neige épouvantable et malgré les grands feux que nous avions allumés dans la forêt, ils n’ont rien vu. Ils sont repartis…

Londres nous a appris par la suite que l’un d’eux avait parachuté dans l’Yonne, sans que l’on puisse savoir qui avait pu récupérer le matériel. Le troisième s’est écrasé dans la montagne au-dessus d’Hauteville. L’équipage était canadien. Une stèle en pleine forêt rappelle cet événement dramatique. Que s’est-il passé par la suite? J’ avais assuré cette mission avec le responsable départemental de la SAP qui était Paul Débat, de Don, près d’Artemare. Un jeune à peine plus vieux que vous, quelque 21 ans. Un garçon tout a fait remarquable.
Au retour nous sommes rentrés chez lui avec notre appareil que l’on a bien camouflé, puis on est allé se coucher vers les 3-4 heures du matin. À 5 heures, on nous a réveillés: “Il y a des Allemands partout ils attaquent le Maquis”. Nous étions tranquilles a la maison, mais que faire?
Charles-Henri Rivière (chef de la S.A.P. pour la zone Sud)  m’avait averti au départ que si l’opération échouait, elle serait renouvelée cinq jours après. Il fallait donc rejoindre Lyon le plus vite possible pour dire à Londres d’annuler tout, les Allemands risquant de mettre la main sur un matériel précieux.
Je me suis porté volontaire en pensant que ma connaissance de la langue allemande me permettrait de passer plus facilement. Alors Madame Débat mère a fait comme si j’étais venu au ravitaillement, ce qui était courant à l’époque. Mon sac à dos rempli de légumes, d’une livre de beurre, d’ un saucisson, que sais je encore, me voilà parti à pied de Don à la gare d’Artemare distante d’environ deux kilomètres cinq cents.
Sur cette distance, j’ai dû franchir au moins quatre barrages allemands, mais au cinquième, à l’entrée de la gare, j’ai eu beau expliquer que je rentrais à Lyon, ils m’ont arrêté et emmené au café voisin. Là ils m’ont déshabillé complètement, étonnés que je porte 5000 francs sur moi – car je n’avais pas pensé à m’en débarrasser – ce qui était une somme importante. La fouille terminée, chargé dans un camion, j’ai été transféré à Virieu-le-Grand et enfermé à l’école où se trouvaient déjà une cinquantaine d’hommes. C’étaient des gens qui circulaient dans les rues et qu’ils arrêtaient systématiquement.
Le lendemain ce furent les interrogatoires, en commençant par les plus vieux. Nous étions entre les mains de la Gestapo, le Sicherheits-Dienst , le Service de sécurité… Des militaires en uniformes noirs frappés de la tête de mort . Comme j’aidais les gens au fur et à mesure grâce à ma connaissance de l’allemand , je suis passé le dernier. Me voilà donc devant deux hommes constituant comme un tribunal: un officier supérieur, un obersturmführer, et son interprète. Tout se passe en Allemand. Interrogatoire d’identité. Or j’avais sur moi mes vrais papiers, avec mon adresse exacte, pour ainsi dire entièrement entre leurs mains. Cette formalité achevée s’engage une conversation surréaliste. L’officier me demande: “Dites donc, on arrive d’ Italie. On nous avait dit que là-bas tout le monde nous aimait. C’est complètement faux, tout le monde nous déteste. Comment c’est en France? “Un peu gêné par cette question abrupte j’ai rapidement décidé de répondre sur le même ton. “En France il y a un certains nombre de personnes qui collaborent avec vous, qui vous aiment bien, mais la majorité n’attend qu’une chose, c’est que vous rentriez chez vous et que vous nous laissiez tranquilles chez nous”. “Ah bon” (il notait tout). “Et que pensez-vous de la Russie? L’Europe ne peut pas vivre sans la Russie. Elle n’a pas assez de céréales, il y a celles de l’Ukraine, on en a besoin, on peut les prendre” – “Oui, mais on peut aussi les acheter, ils nous vendraient le blé qu’ils ont en trop. Ça se faisait avant, ça peut se faire encore” – “Oui, bon”. Alors on a parlé un bon moment là-dessus, l’avenir de l’Europe. Peu de temps auparavant j’avais lu un article sur ce sujet dans leur principal journal Das Reich. Un article très intéressant signé du Comte De Kalergis – un nom hongrois – qui était assez connu comme journaliste à cette époque. On en a parlé longuement car lui aussi l’avait lu. “Mais vous parlez bien l’Allemand” – “Oui, pas mal. J’ ai traduit un livre de Goethe de l’Allemand en Français qui a été publié il y a deux ans” – “Ah, bon” (il continuait à noter). ” Et que faites-vous maintenant ?” – “Je suis boursier de thèse, une thèse de russe sur Bielinski”. À ce moment, l’interprète m’interpelle en russe je lui réponds dans la même langue, mais ça n’a pas duré car il parlait mal. Bref, une vraie conversation de salon. Aucune question sur la somme d’argent que j’avais sur moi. Aucune question sur la raison pour laquelle je me trouvais là, ce qui était tout de même bizarre.
Enfin il me demande: “Qu’est-ce que je fais de vous? Je vous libère ou je vous fusille?”- “Écoutez, si c’est moi qui dois choisir, permettez que je n’hésite pas longtemps. Libérez-moi” – “Bon, d’accord”. Il ouvre un tiroir du bureau de l’instituteur – tout se passait dans une des classes – en tire un carré de papier et écrit ma libération. C’était un bon de la cantine scolaire au revers duquel il avait écrit: “S.D., Jean Triomphe. Entlass (libéré) signé illisible, Obersturmführer”, sans tampon, sans date. Et c’est avec ce chiffon de papier – que je conserve encore précieusement – que j’ai pu me rendre à la gare, en le montrant aux différents barrages. On m’aurait presque fait le salut militaire. Et c’est ainsi que j’ai pu rejoindre Lyon et informer Charles-Henri.
Par la suite j’ai appris que tous les hommes arrêtés âges de moins de trente ans avaient été déportés en camps de concentration.
Et malheureusement il n’en a pas été de même pour Paul Débat. Après mon départ de sa maison, il a voulu rejoindre le Maquis attaqué. Arrêté en chemin par les Allemands, il a été déporté et n’en est pas revenu.” .